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Des nids artificiels au secours des cigognes

Par Agathe Perrier, le 5 mai 2021

Journaliste

Photo d'illustration © Pixabay Licence

La ville d’Istres a installé près de l’étang de Rassuen des plateformes métalliques pour inviter les cigognes à venir y faire leur nid. Une pratique connue, déjà expérimentée ailleurs, et qui a notamment permis de sauver l’espèce de la disparition à partir des années 1970. Aujourd’hui, ces structures servent surtout d’outil pédagogique et de sensibilisation.

 

Ce n’est pas l’oiseau que l’on associe directement à la Provence, et pourtant, on trouve bel et bien des cigognes sur notre territoire. Principalement à l’ouest, côté étang de Berre et Camargue. « Un matin, on a été surpris d’en voir une vingtaine au stadium de Vitrolles (ndlr : salle polyvalente en béton noir signée Rudy Ricciotti à l’abandon depuis 1998). C’est une zone de passage pour elles. Certaines font seulement une pause, d’autres installent leur nid », explique Raphaël Grisel, directeur du Gipreb, syndicat mixte de surveillance de l’étang de Berre alliant scientifiques et pouvoirs publics. Car la cigogne est un oiseau migrateur. Les populations françaises partaient historiquement hiverner en Afrique sahélienne puis revenaient nicher aux beaux jours, principalement en Alsace. Jusqu’au milieu des années 1970 où elles ont failli être rayées de la carte.

 

Il faut sauver le soldat cigogne

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Couple de cigognes blanches © Francis Giraudon LPO

En 1974 très exactement, un comptage fait froid dans le dos. Il ne subsistait plus que onze couples dans toute la France, dont neuf en Alsace. « Une conséquence des grandes sécheresses sahéliennes. Les cigognes n’arrivaient plus à trouver suffisamment de nourriture. Combiné à la migration et la période de reproduction, qui nécessitent beaucoup d’énergie, cela a entraîné une chute du taux de survie annuel de ces échassiers », résume Nicolas Gendre, responsable de programmes avifaunes au sein de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO).

Face à l’urgence, la décision a été prise de sauver le soldat cigogne. Cet échassier qui, d’après la légende alsacienne, achemine les nouveau-nés aux futurs parents. Plusieurs solutions ont été déployées. Dans les régions de l’est du pays, le choix s’est porté sur des enclos et parcs afin de forcer la réintroduction de l’espèce. Quand, façade atlantique, des plateformes de nidification pour pallier au manque de lieux propices ont été préférées. Il s’agit de hauts poteaux surplombés d’une planche. L’ensemble est généralement en métal, parfois en bois.« Ces deux approches ont marché, pas une mieux que l’autre », considère l’expert de la LPO. Si bien que les cigognes ne sont plus menacées de disparition. Pour preuve, les estimations tablent sur 4 500 couples aujourd’hui ! Un comptage national est d’ailleurs prévu cette année (bonus).

 

 

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L’une des deux plateformes métalliques d’Istres © Nathan Martin
Des plateformes près de l’étang de Berre

On trouve des plateformes de nidification également en Provence. Au parc de la Poudrerie notamment, un site naturel protégé à cheval sur les communes de Miramas et de Saint-Chamas. Un premier couple s’y est installé naturellement en 2006. Huit ans plus tard, trois plateformes artificielles ont été aménagées pour favoriser la venue d’autres individus. Les cigognes les ont boudées. « Elles s’en sont servi comme reposoir sans y créer de nids. On les avait pourtant remplies de branchages pour les attirer. Leur proximité avec les chemins fréquentés par les visiteurs du parc laisse à penser qu’elles n’étaient pas placées au bon endroit », raisonne Joël Torres, technicien du patrimoine au sein du Sianpou, structure gestionnaire du parc.

C’est pourquoi, en 2018, deux nouvelles plateformes en bois ont été positionnées non loin du nid naturel du premier couple. Occupées dès l’année suivante ! Au total, cinq couples se sont établis en 2019 sur le site, du jamais vu. 42 naissances ont même été recensées depuis 2006, dont trois cigogneaux repérés fin avril. Une expérience qu’espère connaître la ville d’Istres. À l’été 2020, la municipalité a monté deux plateformes près de l’étang de Rassuen, pour un coût de 10 000 euros. « On a tenu compte de l’expérience du parc de la Poudrerie pour choisir l’endroit. Il est suffisamment éloigné pour que les cigognes ne soient pas gênées par les badauds et soient en plus protégées du vent », explique Éric Casado, deuxième adjoint délégué à l’urbanisme et à la gestion du domaine public. Si elles n’ont pas encore été habitées à l’heure où ces lignes sont écrites, l’élu garde espoir.

Plateforme en bois du parc de la Poudrerie © DR

 

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Installation d’une plateforme avec Enedis © Nicolas Gendre LPO
Accompagner sans inciter

Comme le précise Nicolas Gendre, il ne suffit pas de construire une plateforme pour qu’une cigogne y fasse son nid. « Il faut l’attirer en y mettant plein de branches pour qu’elle se dise qu’il y en a déjà un de prêt. L’idéal est aussi d’utiliser du grillage pour la planche, afin que l’eau ne stagne pas. Mais du costaud, car un nid pèse en moyenne 400 kg ! ». Des enseignements que la LPO distille à qui le souhaite, sans pour autant inciter à l’installation de plateformes. « Les cigognes doivent désormais se débrouiller seules », glisse son représentant.

L’association accompagne néanmoins les structures qui demandent conseil ou rencontrent des problématiques avec les cigognes. À l’image d’Enedis ou RTE (gestionnaire du réseau de transport d’électricité). Les échassiers aiment en effet nicher en hauteur et s’approprient de plus en plus le sommet des pylônes électriques. Dangereux à tous les niveaux. Puisque l’espèce est protégée, retirer un nid oblige à compenser, en aménageant une plateforme artificielle où le transférer. L’aide de la LPO se révèle alors précieuse.

 

 

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Cigogne capturée par la webcam du parc de la Poudrerie, le 26 avril 2021.
Outil pédagogique

Outre servir l’espèce, les nids ont une autre utilité, pédagogique. Les plateformes d’Istres sont en effet filmées.« Si un couple s’installe, on pourra le montrer dans les écoles », souligne Éric Casado. Il en est de même à la Poudrerie. Une webcam est braquée sur le premier nid naturel du parc depuis décembre dernier, dans l’attente du retour des échassiers. « On a choisi celui où on était quasiment certains de les voir revenir », glisse Joël Torres. Bonne pioche ! Il est possible d’observer une cigogne en couvaison en direct en ligne (en cliquant ici). « On sait que ce type de caméra permet à des enseignants d’ouvrir le thème de la biodiversité en classe. C’est un vrai moyen d’informer et de sensibiliser », appuie Raphaël Grisel. Pour un coût total de 4 000 euros, assumé par le Gipreb et le Sianpou.

L’idéal serait évidemment que les enfants observent les cigognes en vrai. Mieux pour eux, mais pas pour les oiseaux. Car les échassiers sont farouches et n’apprécient pas d’être dérangés. En période de recherche de lieu de nidification, cela peut les dissuader de s’établir quelque part. En phase de couvaison, le risque est même qu’elles s’envolent pour échapper aux regards. Et laissés à l’air libre, les œufs peuvent refroidir et les petits en développement mourir. Mais, même à l’écran, le spectacle reste craquant ! ♦

 

Bonus
    • Un comptage national de la population de cigognes – Le dernier remonte à 2015 et faisait état de 2 800 couples environ. Or, d’après Nicolas Gendre, le nombre d’échassiers a fortement augmenté depuis. C’est pourquoi la LPO s’est lancée dans un recensement en cette année 2021. « Le but est d’avoir une cartographie pour connaître la population au niveau national, la répartition dans les territoires et les supports de nidification occupés », précise l’expert. Résultats attendus fin 2021 – début 2022.
    • Des solutions de sauvegarde devenues outils économiques – Si les enclos de reproduction ont fermé, ce n’est pas le cas des parcs à cigognes. Des sortes de zoos qui n’ont plus lieu d’être, en théorie, puisque l’espèce est sauvée. Mais ces structures, ouvertes au public, sont aujourd’hui des outils d’attractivité touristique. Preuve une fois de plus que l’économie a souvent le dernier mot.

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