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Pour une Assemblée citoyenne “de tous les possibles” 

Les Marseillais (s)ont les solutions ! Récupérer un navire sans usage pour en faire, au Vieux Port, le « Paquebot Radieux » ; un lieu de vie inédit qui, à la manière de la Cité Radieuse, mêle publics et usages : habitat, commerces, restaurants, école, culture. Déployer la « Passerelle Verte », une coulée verte aérienne, randonnée parmi les toits qui permette de découvrir toute la ville. Voici des exemples de projets imaginés lors des premières étapes du Tour de Tous les Possibles, que nous menons avec la Biennale de création nomade Manifesta 13, Marseille Solutions et OuiShare. Cela pourrait devenir le M101, “l’Assemblée de Tous les Possibles”, convention citoyenne permanente de 101 Marseillais tirés au sort et représentatifs de la population.

 

Établir un pont du Vieux-Port jusqu’au Frioul. Utiliser les temps d’attente aux bus et métros pour accéder (bornes, écrans, smartphones) à des opportunités (places de spectacle, emplois…). Bâtir des jumelages entre écoles des quartiers Nord et Sud pour favoriser l’interconnaissance des élèves, professeurs et susciter des projets communs…

Pour une Assemblée citoyenne “de tous les possibles”  1Déjà une centaine de “Possibles” ont émergé, certains très utopiques, d’autres au contraire très pratiques, tous originaux et stimulants.

Ce Tour de 25 étapes réunira jusqu’à mai plus de 500 habitants de tous horizons et milieux de Marseille, et qui se fréquentent habituellement peu ou pas : des étudiants de Kedge Business School et des jeunes détenus, des salariés en insertion (BTP) et des habitants d’Endoume, des salariés de Ricard avec des réfugiés et des professionnels de la Friche Belle de Mai, etc.

Une série de rencontres créatives inattendues pour imaginer de nouveaux possibles dans des lieux emblématiques et singuliers de Marseille : le Fort Saint Nicolas, Les Baumettes, Babel Community, le Carburateur, l’Alhambra, le Château Ricard, Make it Marseille, le Théâtre du Centaure, Intercontinental…

Derrière ce Tour, une conviction : les Marseillais (s)ont les solutions ! Pas chacun, seul, mais tous et ensemble, dans leur grande diversité.

Ils (s)ont les solutions dans une ville qui doit faire face simultanément à plusieurs défis considérables : défi social, défi économique, défi écologique, défi politique.

Pourtant paradoxalement, les habitants sont peu associés par les décideurs politiques à l’avenir de leur ville.

Où sont les budgets participatifs ?

Où sont les projets phares participatifs dans la ville en matière de sport, d’éducation, de culture, de mobilité, de propreté, de santé ?

Où est le dialogue structuré et durable entre citoyens, élus et fonctionnaires ?

Où sont les élus dans la rue, sur leur vélo ou dans les transports publics ?

Où est la direction de la ville spécialisée dans la participation citoyenne ?

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Joke Quintens, Florence Allagnat (Marseille Solutions) et des étudiants de Kedge Business School après leur atelier « de tous les Possibles » aux Baumettes avec des détenus.

L’abstention reste d’ailleurs élevée : entre 40 et 55%, selon les secteurs, sur la dernière élection municipale. Le sujet de la participation citoyenne et de la refondation démocratique n’est d’ailleurs pas apparu comme un enjeu central de la campagne 2020 des municipales.

Autre symptôme de cette « fatigue démocratique » (David Van Reybrouck, sociologue belge, initiateur du « G1000 ») actuelle : force est de constater que les élites politiques et économiques actuelles ne ressemblent pas assez à la “société” marseillaise. Pas assez de femmes, peu de descendants de l’immigration non européenne, peu de jeunes. Les Marseillais ne sont pas assez représentés dans leur diversité. Comment changer la vie d’une société à laquelle on ne ressemble pas ?

La méfiance des décideurs vis-à-vis des citoyens vient en fait de loin : les canons du Fort Saint-Nicolas, citadelle militaire qui fut édifiée sur ordre de Louis XIV, étaient déjà orientés sur les Marseillais… Il s’agissait moins de protéger la ville contre les invasions que de se prémunir des Marseillais et de leur esprit indépendant et rebelle…

Alors, que peut-il se passer quand on fait à nouveau confiance aux citoyens ?

Lorsqu’on leur permet de libérer leur imagination, pour dessiner ensemble le futur de leur ville ?

Lorsqu’on leur permet de se rencontrer, au-delà de leur “entre-soi” habituel ?

C’est bien l’objet du Tour de Tous les Possibles. 

L’ensemble des projets, des “Possibles” issus du Tour et les citoyens associés seront valorisés à l’ouverture de Manifesta 13 en juin prochain.

 

Il s’agit pour nous d’une première étape. Nous voulons aller plus loin. Pour lutter contre cette “fatigue démocratique », provoquer un nouvel élan citoyen, nous proposons la mise en place d’une “Assemblée de Tous les Possibles”, convention citoyenne permanente de 101 Marseillais tirés au sort et représentatifs de la population. Pour délibérer, proposer et inventer ensemble des solutions nouvelles aux problèmes anciens de Marseille, en lien étroit avec le Conseil municipal.

Pour une Assemblée citoyenne “de tous les possibles”  3Nous proposons d’ailleurs de l’appeler M101 en clin d’œil et effet miroir aux 101 élus du conseil municipal.

Ceci étant, le but de M101 n’est évidemment pas de “concurrencer” la Mairie où même de la contester, bien au contraire. Il s’agit de l’aider à améliorer la qualité de la décision publique, en étant positionné sur la recherche de solutions nouvelles, notamment sur des sujets complexes ou clivants : insertion professionnelle des jeunes, place de la voiture dans la ville, grande mosquée de Marseille, etc.

Dans le même esprit, c’est une démarche complémentaire et utile aux CIQ (qui mobilisent davantage des retraités) et Conseils Citoyens (centrés sur les quartiers “politique de la ville”). Il s’agit, dans M101, de produire un intérêt collectif à l’échelle de la ville et avec tous les marseillais.

Ces formes de conventions citoyennes, de démocratie délibérative se développent partout dans le monde et prouvent leur efficacité. 

Au Texas, des assemblées citoyennes ont permis de passer d’une position pro pétrole à pro énergies renouvelables : c’est devenu l’État américain où il y a le plus d’éoliennes.

En Irlande, trois « assemblées citoyennes » ont permis de faire évoluer la Constitution sur des questions majeures comme la légalisation du mariage homosexuel et de l’avortement. En Belgique, la communauté germanophone est la première à s’être dotée, par décret, d’une Assemblée citoyenne permanente, dans la lignée des expériences pionnières du G1000 et du G360 à Genk : 24 citoyens se relaient tous les 18 mois pour siéger aux côtés du Parlement.

Ces formes émergent y compris en France, où le président de la République a lancé la Convention Citoyenne pour le Climat, dont les résultats sont attendus avant l’été. 150 citoyens tirés au sort et représentatifs s’informent, débattent et préparent des propositions fortes pour baisser d’au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Le Président s’est engagé à ce que ces propositions soient soumises “sans filtre” à référendum, au vote du Parlement ou à application réglementaire directe.

Ces formes délibératives répondent au besoin de régénérer la démocratie, à un moment où les populismes montent en puissance. La démocratie uniquement représentative, indispensable, atteint ses limites. Elle s’enrichit de démocratie participative, mais cela ne suffit plus. Elle doit s’ouvrir aussi à plus de démocratie délibérative, associant dans la durée les citoyens à l’élaboration de la “Res Publica”, la chose publique.

M101 est à inventer avec les 101 prochains élus du Conseil municipal et plus largement l’ensemble des forces vives civiles et politiques du territoire.

Il existe différents modèles (700 expériences dans le monde, 12 modèles selon l’OCDE), nous pouvons co-construire ensemble la bonne forme “à la marseillaise”. En capitalisant aussi les conclusions et enseignements du Tour de Tous les Possibles.

M101 pourrait être lancé dans la lignée de ce Tour, comme un “Chapitre 2” mis en scène dans le cadre de Manifesta 13 cet été. Car plus que jamais, au 21e siècle, l’art et la politique se rejoignent dans une même ambition : transformer les imaginaires ! ♦

 

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