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Quand le graff réenchante les bureaux

Par Olivier Martocq, le 11 mai 2021

Journaliste

Au siège de Pixel Heart, à Marseille, un graf monumental de 25 mètres de long sur trois de haut signé Ozas et Blaze @ DR

Un effet indirect du Covid ? Des chefs d’entreprise font aujourd’hui appel à des artistes pour égayer de graffs les murs de leurs bureaux ou leurs locaux professionnels. Le salarié découvre un univers différent, moins anxiogène, plus accueillant… Cela peut remotiver ceux qui ont pris goût au télétravail. Il s’agit aussi d’un outil marketing vis-à-vis de l’extérieur, avec la création d’une identité visuelle propre. C’est enfin un pari financier car l’œuvre réalisée pourrait valoir une fortune si le graffeur devenait une star de l’art contemporain !

 

« Notre quotidien, presque H24, c’était ce mur blanc, se souvient Sami Chlagou. Donner la possibilité de s’évader en égayant l’univers de travail, c’était pour nous aller plus loin dans une période très compliquée ». Le président fondateur de Pixel Heart poursuit : « Surtout, on a trouvé les artistes qui avaient la capacité de comprendre notre univers. Et ils ont su le matérialiser ».

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La fresque de Pixel Heart par Ozas et Blaze @DR

Pixel Heart – un des parrains de Marcelle – est entré dans le top 10 des studios français de production de jeux vidéo. Son chiffre d’affaires a été multiplié par vingt cette année, grâce notamment aux téléchargements opérés depuis le monde entier. Alors, parmi les investissements que cela a permis : la réalisation d’un graff monumental de 25 mètres de long sur trois de haut, au siège de l’entreprise. Pour remercier les équipes qui, malgré la pandémie, ont continué à travailler chaque jour pour faire face à la demande.

 

Le graff peut être ultra figuratif !

La réalisation de cette fresque évoquant l’univers des mangas a été confiée à Ozas et Blaze. Deux artistes marseillais qui depuis le début du confinement ont vu se multiplier ce type de demande. « On est capables de transcrire des univers très différents. Ce peut être figuratif et en rapport direct avec la thématique de l’entreprise », explique Jhona Vaz (Ozas). Dans cette entreprise, le choix des artistes s’est naturellement porté sur des personnages de manga. « Dragon Ball Z, le dessin animé mythique des années 90. On a été d’autant plus inspirés que c’est notre enfance, notre génération et en même temps une série culte devenue indémodable ».

 

Un long travail de préparation !

Les artistes les plus recherchés sont ceux du street art. Ils ont l’habitude de produire des œuvres qui peuvent être monumentales quand, par exemple, il s’agit d’habiller une façade d’immeuble. « Le premier taf consiste à construire une maquette. La conceptualisation est le moment le plus difficile car il faut que le client arrive à se projeter. Ici, la fresque occupe tout un mur, mais le recul par rapport aux postes de travail n’est pas très important. Autant dire qu’elle imprègne toute l’atmosphère du lieu. Qu’elle en devient l’élément central », analyse Ozas.

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La terrasse de la startup immobilière Majordhom, à Marseille, a été confiée au collectif Louzeudem @DR

Et son binôme de préciser : « On utilise une tablette numérique graphique. On dessine au stylet directement sur l’écran. Ensuite, deux techniques sont possibles. Soit à l’ancienne comme à l’époque de Michel-Ange, avec des carrés qui permettent de garder les proportions, quelle que soit la taille finale. Soit avec une vidéo-projection de l’image sur le mur, directement à partir de la tablette numérique ». Sébastien Blaze reconnaît que ce dernier procédé facilite le travail et fait gagner du temps « mais le dessin a eu lieu en amont et c’est bien notre œuvre. Le changement d’échelle n’est plus l’étape de la création. Il s’agit juste d’un savoir-faire artisanal. Les techniques sont maîtrisées depuis des siècles. Ça nous permet de gagner trois jours sur une dimension comme celle-ci ».

 

Le graff : un univers complexe à spectre large
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Le textile, un support prisé des graffeurs @ DR

Johna Ozas admet que les codes, dans son univers qui découle du hip-hop, sont particuliers : « Le tag, c’est l’écriture, la signature, la base de tout. Le graffeur, c’est le technicien, l’artisan, l’artiste ». Le matériel de base reste les bombes de peinture, mais en amont, il peut y avoir d’autres fournitures pour faire les aplats et le support utilisation de rouleaux. « On peut utiliser des aérographes, des marqueurs pour la précision des traits si nécessaire ». L’artiste souligne que les fresques et graffs sur les murs ne sont qu’un des aspects du street art. « On réalise des tableaux, des dessins pour des séries limitées d’accessoires, mais aussi du vêtement : tee-shirt, casquettes, baskets ».

Basile Gras, du collectif Louzeudem, vient de terminer l’accueil du nouveau tiers lieu Synchronicity, à Marseille. Il se voit aussi comme un héritier des peintres en lettres. « L’air du temps, c’est la décoration des rouleaux métalliques des commerces. Ça amène l’art dans les centres-villes », pointe ce jeune diplômé d’une école d’art, qui se demande combien de personnes reconnaîtront dans son travail une anamorphose ? ♦

 

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Le showroom du tiers-lieu Synchronicity, à Marseille, personnalisé par le collectif Louzeudem @ DR

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