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Des artisans ambassadeurs de la réparation

Par Agathe Perrier, le 2 mars 2021

Journaliste

Au sein des Répar’Acteurs, des artisans qui prônent la réparation plutôt que la (sur)consommation © CMAR Paca

Réparer plutôt que (sur)consommer : tel est le credo du réseau Répar’Acteurs, créé et porté par les Chambres des métiers. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, plus de 300 artisans y ont adhéré et jouent les ambassadeurs de l’économie circulaire. C’est bon pour la planète et c’est bon pour leur activité !

 

Un téléphone, un micro-ondes, un lave-linge qui tombent en panne. Le réflexe : les remplacer par des neufs. Pour mettre définitivement cette vieille habitude au placard, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat nationale (CMA) a lancé en 2013 le réseau Répar’Acteurs (bonus). Objectif : permettre à des artisans de promouvoir l’acte de réparer. « C’est en effet un moyen d’agir directement contre le gaspillage. Car cela prolonge la durée de vie d’un objet, économise des matières premières, de l’énergie, de l’eau et réduit les émissions de gaz à effet de serre », souligne Laure Vial, présidente de la délégation des Alpes-de-Haute-Provence au sein de la CMA régionale (CMAR Paca).

Les intérêts sont aussi économiques puisque le savoir-faire des artisans locaux est ainsi valorisé.

« Cela réactive même des métiers mis en sommeil car on consommait plus qu’on ne réparait », ajoute l’experte. Heureusement, le comportement inverse commence à faire son chemin. Et pour faciliter la mise en relation entre ces professionnels et les consommateurs, la CMA a eu l’idée de rassembler les Répar’Acteurs au sein d’un annuaire, sous forme de carte interactive.

 

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Mélissa Cortèse, créatrice de bijoux © DR
N’est par Répar’Acteur qui veut

Cette carte regroupe réparateurs et Répar’Acteurs. La différence entre les deux ? Les seconds sont labellisés. Ils ont pour cela participé à une journée de formation collective et s’engagent, dès lors, à promouvoir la réparation, à avoir une gestion exemplaire des déchets et à participer à des actions de sensibilisation du public. Un recrutement jugé « drastique » par Vincent Horellou, parmi les premiers affiliés au réseau au niveau régional. « Le label n’est pas donné à n’importe qui, c’est un peu sa particularité et sa force. On n’est que deux en réparation d’électroménager pur à Marseille, par exemple », précise ce dépanneur électroménager à domicile.

Sur les 8 000 potentiels candidats au label en Paca, 326 exactement sont estampillés Répar’Acteurs. L’objectif de la CMAR Paca est de doubler ce réseau d’entreprises d’ici trois ans. Parmi les autres Répar’Acteurs, Marc Lawin, installé à Arles, restaure des objets en bronze ainsi que des horloges anciennes, des automates et céramiques. Puisqu’il incite depuis toujours à ne pas jeter lorsque l’on peut réparer, adhérer au réseau a été une évidence. De même pour Mélissa Cortèse, créatrice de bijoux à partir d’argent ou de métal recyclé. « Je trouve vraiment chouette de faire partie d’un réseau qui se soucie de conserver plutôt qu’être dans la surconsommation. J’imagine que ça va m’apporter des opportunités pour présenter mon travail et parler de ma pratique », espère cette affiliée, inscrite en août 2020.

 

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Marc Lawin, spécialisé dans la restauration d’objets, notamment en bronze © DR
Force de la communauté, faiblesse de la communication

Des opportunités de travail, le réseau Répar’Acteurs en apporte aux artisans. « Lorsqu’un client vient chez moi pour une réparation, je parle avec lui du réseau et des autres adhérents. Beaucoup sont intéressés car, souvent, ils ne savent pas où faire réparer leurs affaires. Et si chaque artisan parle des autres, ça nous apporte à tous des clients potentiels », expose Vincent Horellou. C’est également grâce à ce bouche-à-oreille entre Répar’Acteurs – ceux rencontrés lors de la journée de formation – que Mélissa Cortèse a vu venir de nouveaux clients.

L’annuaire, par contre, ne connaît toujours pas l’efficacité escomptée. « Il faudrait améliorer la communication auprès du public », glisse Marc Lawin. Un avis partagé par ses confrères. « J’ai aussi soumis l’idée d’organiser des regroupements entre artisans pour rencontrer les nouveaux et créer une émulation dans le réseau », appuie Vincent Horellou. Un enthousiasme réfréné par le couvre-feu et la crise sanitaire incitant à limiter les regroupements. Quant à la CMAR Paca, elle a justement pour objectif de renforcer l’animation du réseau à l’avenir. Et de le développer, en créant des partenariats avec de grands groupes notamment. « L’idée est que ces structures fassent appel aux membres du réseau pour réparer leur matériel défectueux », confie Laure Vial.

 

 

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Vincent Horellou, dépanneur électroménager à domicile © DR
Tout se répare

Si vous avez tendance à penser que certaines catégories d’objets se réparent mieux que d’autres, un petit coup d’œil à l’annuaire des Répar’Acteurs vous prouvera le contraire. Informatique, électroménager mais également matériel de jardinage, vêtement, couteaux, bijoux, décoration, meuble… tout se répare. « Il y a rarement des réparations impossibles. Ça arrive surtout par manque de disponibilité de pièces détachées. Heureusement, la loi fait évoluer cette situation », souligne Vincent Horellou. Le dépanneur planche d’ailleurs sur la création d’un stock de pièces détachées d’occasion. Aussi étonnant qu’il puisse paraître, il n’en existe aucun actuellement dans la France entière (bonus).

Autre solution développée par une start-up aixoise : l’impression 3D de pièces détachées. Marklix a ainsi créé une plateforme pour mettre en relation concepteurs de fichiers 3D et prestataires d’impression 3D avec des réparateurs ou consommateurs ayant besoin de pièces détachées. De quoi commander de nombreux types de pièces, réalisées à la demande. La lutte contre le gaspillage a son lot d’adeptes… et de beaux jours devant elle.

 

Bonus :
  • Quelques chiffres sur les Répar’Acteurs – 4 500 artisans labellisés en France, dont 326 en Paca. Budget de 100 000 euros par an au niveau régional, financé par la CMAR Paca, l’Ademe et la Région Paca.

 

  • Pièces détachées : ce que dit la loi – Depuis le 1er mars 2015, en application de la loi Consommation de 2014, les professionnels doivent informer les consommateurs de la durée de disponibilité des pièces détachées des produits mis sur le marché. Depuis le 1er janvier 2021, en vertu de la loi de 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, un indice de réparabilité est obligatoire sur certains produits électroniques et électroménagers pour connaître rapidement la capacité d’un produit à être réparé.

 

  • Le premier stock de pièces détachées d’occasion de France – Vincent Horellou, qui est également président de l’association Repair Café Marseille, va créer Mon Repair’Shop Marseille. Ce magasin de proximité aura pour but de valoriser l’électroménager destiné à la déchetterie. « On réparera et reconditionnera le matériel capable de l’être. Pour le reste, on récupèrera le maximum de pièces détachées afin de les revendre. Les appareils ne seront ainsi plus considérés en tant que déchets, mais comme composés d’éléments propres à la réutilisation », souligne l’entrepreneur. Ouverture prévue pour le deuxième trimestre 2021.

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