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[Série] Tourisme à Marseille #3 Les nuisances – suite

Par Olivier Martocq, le 13 juin 2019

Journaliste

Rappel des paramètres de cette enquête : 5 millions de touristes à Marseille cette année. Des retombées évaluées par le patronat à 2,7 milliards d’euros et 50 000 emplois (lire article #1). Des nuisances en retour, jamais prises en compte, comme la pollution massive générée par les 523 escales de paquebots pour un apport économique très faible des 2 millions de croisiéristes de passage (lire article #2).

 

[Série] Tourisme à Marseille #3 Les nuisances, suiteDans une ville qui n’a pas été pensée pour et autour de cette activité, le tourisme de masse se traduit aussi par la disparition de commerces de proximité, des tensions sur le logement, une pollution automobile accrue dans les quartiers jugés touristiques, une surpopulation potentiellement génératrice de conflits dans les calanques, sur les plages ou les lieux à la mode…

Le drame de la rue d’Aubagne a été le révélateur de certains dysfonctionnements profonds à Marseille. Si la vétusté et la dangerosité des immeubles anciens du centre-ville a éclaté au grand jour, l’impossibilité de reloger 2 000 familles évacuées faute de logements disponibles dans le centre-ville a mis en lumière un phénomène qui était jusque-là peu perceptible. Le prix de vente dans ces quartiers populaires tournant autour de 600 euros le m², 1 000 euros après travaux, il est bien plus profitable de les transformer en location courte durée à 100 euros la nuit que de les louer autour de 600 euros le mois. Les touristes en raffolent car ils sont plongés au cœur du « Marseille vivant », à deux pas de la Canebière et du Vieux-Port où, comme par hasard, ouvrent de plus en plus de bars, restaurants et épiceries fines branchées. « Résultat, se désole Nasséra Benmarnia ancienne élue PS du secteur et membre du collectif du 5 novembre, il n’y a aucune possibilité de trouver des appartements dans le secteur pour les familles évacuées des immeubles en péril ».

 

Comment faire rentrer 3 millions de personnes dans une ville en tension sur l’immobilier ?  

[Série] Tourisme à Marseille #3 Les nuisances, suite 1Avec 7 500 chambres d’hôtels et en l’absence de camping, les infrastructures dédiées actuelles à Marseille absorbent environ un million de touristes. Si on écarte les deux millions de croisiéristes qui dorment à bord des paquebots, les deux autres millions de visiteurs restants se retrouvent donc chez l’habitant. Une partie est logée dans la famille ou chez des amis, les autres dans des locations de type Airbnb – 13 000 appartements seraient proposés cet été sur les plateformes. Avec les effets pervers de ce dernier marché quand il n’est pas régulé, à savoir une hausse des prix et la raréfaction des biens à la location. Et, contrairement à Paris et à la plupart des grandes villes en tension sur l’immobilier, Marseille n’a imposé aucune limite, aucun frein et même aucune déclaration pour cette activité. Dans certaines copropriétés huppées, les syndics ont fait adopter des règlements stricts car des appartements prévus pour 4 ou 6 personnes ont pu se retrouver occupés par des groupes comptant le double de l’effectif, qui profitent de la piscine et font des fêtes jusqu’à point d’heure, générant une bronca des copropriétaires et locataires.

 

Petits trains et bus à impériale : un marché juteux

[Série] Tourisme et seuil de tolérance #1 Quelles retombées ? 1Ils empruntent les voies de bus et bloquent souvent la circulation dans les rues qui mènent aux monuments et quartiers touristiques. Ils stationnent sur le quai de la Mairie, moteur en marche pour les bus afin que la clim’ fonctionne. Les trottoirs sont encombrés par les baraques de vente de billets et par les files d’attente. Comme il porte les couleurs de la ville et que le site de l’Office du tourisme le met en avant, « un incontournable de votre visite dans la cité phocéenne », j’imaginais que le petit train était un service quasi municipal, sur le modèle du ferryboat. Que nenni ! Il appartient à la SAS Yves Cheval domiciliée dans les quartiers Nord, génère deux millions d’euros de chiffre d’affaires par an pour 500 000 euros de profits. Quant à Colorbüs, lancé il y a deux ans et qui vise cette année les 100 000 touristes avec ses cinq bus à impériale, la société est la propriété d’une vieille famille marseillaise de courtiers en assurances. On ne peut reprocher aux Swaton d’avoir avancé masqués. Ils ont dès le départ affiché leurs ambitions. Dans ces deux cas se pose néanmoins la question de l’appel d’offre et de la nécessité, ou pas, d’une délégation de service public. On retrouve cette problématique pour les trottinettes électriques, pour les trottoirs encombrés par les terrasses des bars et restaurants, mais aussi sur le domaine maritime avec les plages privées ou encore les soirées organisées « à la sauvage » sur des lieux emblématiques comme le Vallon des Auffes.

 

La surpopulation génère des frictions

Des riverains excédés par la pollution sonore sept jours sur sept, aux baigneurs qui pestent parce qu’ils n’ont plus de place pour étaler leur serviette à la plage, en passant par les randonneurs dans les calanques qui voient débouler des hordes de marcheurs du dimanche – trois millions l’année dernière : les Marseillais qui ne profitent pas directement de la manne touristique sont de plus en plus nombreux à critiquer l’évolution que connaît leur ville. ♦

 

À quoi peut ressembler une start-up sociale ? 5* — RushOnGame, parrain de la rubrique « Économie », vous offre la lecture de l’article dans son intégralité, mais n’a en rien influencé le choix ou le traitement de ce sujet. Nos mécènes espèrent vous donner envie de vous abonner pour lire et soutenir l’engagement de Marcelle, le Média de Solutions —

 

Bonus 

  • À venir : #4 des pistes de réflexions pour coexister.
  • Provence Tourisme, service rattaché au département, a mis en place un site pour déclarer sa location saisonnière. Il préfigure vraisemblablement la règlementation à venir pour limiter le nombre de logements mis sur le marché par les particuliers.

 

 

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