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Comment l’urbanisme relève le défi de la chaleur

Par Paul Molga, le 20 mai 2022

Journaliste

Les logements, les parcs et les écoles contribuent à la lutte contre le réchauffement climatique ©CAUE Paris

Les températures grimpent et on nous prédit de nouveaux records de chaleur. Les urbanistes sont déjà sur tous les fronts pour tenter de refroidir l’atmosphère, avec la rénovation énergétique des bâtiments en première ligne. Ils proposent aussi de nouveaux îlots de fraîcheur dans les lieux les plus inattendus, comme les cours d’école. Des rivières rendues à l’air libre et des parcs urbains.

 

En France, les villes génèrent les deux tiers des émissions de gaz à effet de serre. En majorité liées aux bâtiments, nous apprend une étude sur « Le défi climatique des villes » conduite par WWF France. L’organisation environnementale a mené l’enquête sur les dix principales métropoles du pays où vit 20% de notre population. Selon ses conclusions, l’urbanisme y est responsable du tiers des émissions nationales. Davantage que les transports (16%) et l’industrie (17%).

« Elles doivent d’urgence relever les manches pour répondre à l’Accord de Paris sur le climat », explique Audrey Solans, cheffe de projet en urbanisme durable chez Une autre Ville, à l’origine de ce rapport. Le défi est immense : d’ici 2030, les villes vont devoir réduire de 30% la consommation énergétique des logements. Mais aussi diminuer d’autant la part modale de la voiture individuelle et stopper net l’artificialisation des sols.

 

Trois quarts des villes européennes en retard
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Vancouver aussi lutte contre la chaleur estivale ©Pixabay

Le retard de nos agglomérations n’est pas qu’un mal français. Un quart seulement des villes européennes seraient passées à l’action. Parmi elles figurent notamment les 100 Résilient Cities choisies par la Fondation Rockefeller pour pousser au plus loin leur stratégie de développement durable. « Nous faisons du darwinisme urbain, résume son président Michael Berkowitz. Nous aidons les villes à travailler sur leur capacité à ployer sans rompre devant les pires agressions ». Un budget de 100 millions de dollars est consacré à ce projet qui veut dresser ce catalogue mondial des bonnes pratiques urbaines. « Socialement responsables et respectueuses de l’environnement ».

 

♦ (re)lire : À Marseille, l’eau de mer sert aussi de chauffage, et de clim’ !

 

Des cours d’école transformées en îlots de fraîcheur

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Les cours de récréation, également lieux publics de proximité ou refuges climatiques ©CAUE Paris

Paris, membre de ce réseau depuis 2015, a par exemple entrepris de refondre les 70 hectares de cours d’écoles et de collège. « Elles peuvent devenir des lieux publics de proximité en dehors des temps éducatifs », explique Noémie Fompeyrine, responsable de la Mission Résilience à la mairie de la capitale. Pas moins de 760 espaces vont ainsi devenir des « Cours Oasis », pensées comme de véritables îlots de fraîcheur au cœur des quartiers. Elles pourront aussi servir de refuges pour les personnes vulnérables durant les vagues de chaleur.

Les sols font l’objet d’une attention particulière. En terre ou couverts d’un revêtement drainant, peint de couleurs claires, ombragés de vergers et de jardins pédagogiques, ils évitent d’emmagasiner la chaleur pendant l’été, apportent plus de douceur en hiver et facilitent l’écoulement de pluies d’orage.

 

3 millions d’arbres pour les écoles milanaises

À l’étranger aussi, les cours sont des cibles privilégiées pour lutter contre les effets d’îlots de chaleur. Ainsi, à Milan, plus de 2000 écoles ont été identifiées pour participer au programme ForestaMi qui prévoit de planter 3 millions d’arbres d’ici 2030 pour réduire la température urbaine.

Pour 100 millions d’euros d’investissement, la municipalité de New York a elle aussi transformé 290 cours en parcs communautaires. Afin d’offrir à chaque habitant un espace naturalisé à moins de dix minutes de chez lui.

 

♦ (re)lire : Aider le bâtiment à organiser sa transition énergétique

 

À Marseille, des parcs, un ruisseau et des espèces végétales dédiées

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À Marseille, le futur parc des Aygalades ©Leclerc

Les villes disposant de foncier peuvent donc faire mieux. Marseille va ainsi profiter de la rénovation des quartiers nord pour remettre à l’air libre Les Aygalades, un ruisseau côtier canalisé sous le bitume. L’influence du parc Bougainville, créé à cette occasion, a été modélisée par les ingénieurs de Méteo France. « Les 15 hectares du parc qui bordent le ruisseau ont un effet sur 54 hectares, soit le tiers environ de l’aménagement de la future éco-cité », évalue Yves Bidet, chef de la division Études et Climatologie de Météo-France Sud-Est, qui a réalisé cette étude.

La moyenne des températures journalières baissera alors dans les quartiers environnants de 1,4 à 2°C, et jusqu’à 4°C la nuit. Dans le parc même, la plantation d’espèces végétales de type méditerranéennes et la présence de plans d’eau, conduiront à des baisses de température de 6,5°C là où le soleil chauffe aujourd’hui le plus, aux abords de la gare de triage du Canet.

Au nord du parc Bougainville, un parc urbain des Aygalades est également programmé. D’une superficie de 10 hectares il servira notamment d’ouvrage de régulation hydraulique en cas de grande crue. En recréant des continuités biologiques entre les collines et la mer, il participera aussi à la réduction d’îlot de chaleur, au rétablissement de la biodiversité et à la qualité de l’air dans le quartier.

 

♦ (re)lire Réchauffement climatique : la génétique alliée à la viticulture

 

Des gestes architecturaux ancestraux

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Le retour des persiennes, loggias, claustras, moucharabiehs.. ©Pixabay

Une approche architecturale bioclimatique y est associée pour réduire à la source les besoins énergétiques des bâtiments et les conditions climatiques des espaces extérieurs. L’orientation des rues est par exemple pensée pour protéger les nouveaux îlots du mistral (froid l’hiver) et capter les brises marines (rafraîchissantes l’été). Les nouveaux aménagements ont également repris des principes de conception utilisés depuis longtemps dans les villes méditerranéennes. À l’instar des persiennes, loggias, claustras, moucharabiehs, terrasses, galeries, patios, porches, serres froides, tours à vent, et autres matériaux réfléchissants.

Selon les experts de la Global Cool Cities Alliance, une organisation qui cherche les moyens de refroidir les villes, le simple fait de couvrir les toits de peinture blanche peut faire économiser jusqu’à 20% d’air conditionné dans les bâtiments. ♦

 

Bonus
  • 100 villes européennes climatiquement neutres d’ici 2030. Les villes n’occupent que 4% de la superficie de l’UE, mais elles abritent 75% de ses citoyens. Elles consomment plus de 65% de l’énergie mondiale et représentent plus de 70% des émissions mondiales de CO2. La Commission européenne veut les aider à accélérer leur transformation verte et numérique. Pour cela, elle a créé la mission « Villes » qui impliquera les autorités locales, les citoyens, les entreprises, les investisseurs ainsi que les autorités régionales et nationales. Pour « Offrir 100 villes climatiquement neutres et intelligentes d’ici 2030 » . Et « veiller à ce qu’elles agissent comme des pôles d’expérimentation et d’innovation pour permettre à toutes les villes européennes d’emboîter le pas d’ici 2050 ».
    En France, les 9 villes retenues sont Angers, Bordeaux, Dijon, Dunkerque, Grenoble, Lyon, Marseille, Nantes et Paris. La mission « Villes » recevra un financement d’Horizon Europe de 360 millions d’euros couvrant la période 2022-2023. Afin de lancer les voies de l’innovation vers la neutralité climatique.

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