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Les jeunes, remède à la morosité des « quartiers »

Par Agathe Perrier, le 2 novembre 2021

Journaliste

Samir Messikh, cofondateur de Place des Farandoleurs, entouré des bénévoles et des enfants du quartier © Agathe Perrier

Comme dans de nombreux quartiers du nord de Marseille, l’offre associative est restreinte à Malpassé. Une réalité qu’ont voulu changer de jeunes habitants en montant Place des Farandoleurs. Malgré une parenthèse plus sociale durant le Covid, l’association se consacre principalement au soutien scolaire. Avec l’idée de proposer des activités et animations à toutes les catégories d’âge.

 

Un petit groupe patiente devant le centre social de Malpassé (13e arrondissement de Marseille). Un par un, les enfants entrent dans le bâtiment d’où s’échappe un gros brouhaha. Il est 18 heures passé ce lundi d’automne et les minots devraient avoir commencé leur séance de soutien scolaire. Mais tous les bénévoles ne sont pas encore arrivés et l’appel n’est pas terminé. En attendant, c’est donc un peu la cour de récré. Un joyeux bordel qui laisse place à une ambiance studieuse en quelques minutes.

 

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Une seule règle : travailler pendant 1h30 avant de profiter d’un quartier libre © AP

Une asso pour combler un manque

À 18h15, tout le monde est au travail. « Les enfants font leurs devoirs et s’ils n’en ont pas, on a une grosse caisse remplie d’exercices de tous niveaux. La règle est de travailler jusqu’à 19h30. Ensuite c’est quartier libre et on n’est plus les méchants », sourit Samir Messikh. C’est lui qui, avec deux amis, a fondé l’association Place des Farandoleurs en février 2020. Habitants de Malpassé, ils ont monté leur collectif pour combler le manque criant d’activités et de solidarité dans ce quartier.

Après un porte-à-porte pour connaître les envies et besoins de la population, ils commencent par proposer du soutien scolaire. Mais le confinement décrété un mois plus tard oblige l’équipe à revoir ses plans. Sans pour autant choisir la passivité, la misère du quartier étant exacerbée par la mise sous cloche des quotidiens. « On a intégré la réserve civique et distribué des colis alimentaires aux habitants. Plus d’une tonne de nourriture au total. Les écoles nous ont sollicités en parallèle car des familles n’avaient pas accès à internet. On imprimait les cours et on leur apportait tous les soirs», se souvient Samir Messikh. Un autre temps.

 

 

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Moment studieux pour deux collégiennes avec Aymane, l’un des bénévoles de Place des Farandoleurs © AP

Le soutien scolaire par des jeunes du quartier…

Le soutien se fait alors en visio, avant de reprendre en présentiel avec la levée des restrictions sanitaires. Des bénévoles de différentes associations viennent étoffer les rangs de Place des Farandoleurs. Il s’agit en majorité de jeunes du quartier en études supérieures. Pour montrer aux plus petits que l’on peut réussir sa vie scolaire, même lorsque l’on habite dans une cité. « C’est notre façon de lutter contre le déterminisme social. On veut que les enfants se projettent dans ces grandes sœurs et grands frères, comme Aymane par exemple ».

Samir Messikh s’approche d’un jeune homme à l’allure élancée, jogging blanc impeccable qui lui vaut les compliments de ses homologues féminins. Alternant en BTS, il souhaite poursuivre avec un brevet professionnel pour devenir directeur de centre social ou éducateur sportif. Rester en tout cas au contact des enfants, comme actuellement grâce aux séances de soutien. « J’en avais suivi étant petit et je trouvais dommage qu’il n’y en ait plus dans le quartier. Car il faut vraiment s’accrocher à l’école quand on vient de secteurs difficiles, c’est pour ça que je suis là », glisse-t-il entre deux corrections. Une motivation partagée par Issam. Encore en terminale, lui réside au Merlan (14e arrondissement). Il consacre ses lundis et jeudis soir à l’association après une première expérience qui l’a convaincu. « J’ai aimé aider. Les petits ont pris en considération mes conseils, ça m’a surpris ». Agréablement évidemment.

 

 

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Grégoire, chercheur en physique, aide les enfants à faire leurs devoirs © AP

… et des « ovnis »

Tous les bénévoles ne viennent pas des quartiers nord de Marseille. Les rangs comptent quelques « ovnis » comme les appelle affectueusement Samir Messikh. À l’instar de Grégoire, chercheur en physique à Aix-Marseille Université. Ce natif de la région parisienne a découvert l’association par hasard. « J’avais loupé le bus pour rejoindre le métro Malpassé. J’y suis donc allé à pied et, en passant devant le centre social où il y avait une session, j’ai demandé s’ils avaient besoin d’aide ». Ni une, ni deux, le voilà bénévole. Un engagement d’un an qui va prendre fin avec son déménagement professionnel en Allemagne. Non sans regret. « Les gamins sont très volontaires. Dès que tu leur proposes quelque chose ils sont partants. Il faudrait être là de leur sortie d’école à 16h30 jusqu’à 21h pour bien faire ».

 

  • Pour devenir bénévole ou pour contacter l’association Place des Farandoleurs : farandoleurs13@gmail.fr ou 06 12 33 33 14. Toutes les actualités (notamment le programme du mois) sont à retrouver sur sa page Facebook en cliquant ici.

 

Élargir les amplitudes horaires – actuellement entre 18h et 20h – est justement en réflexion. Étendre le nombre de jours aussi car seuls les lundis et jeudis sont consacrés au soutien scolaire. Le mardi par exemple, c’est club d’échecs, impulsé par l’un des bénévoles, passionné par ce jeu de stratégie. Là, tout le monde est bienvenu, quel que soit son âge. L’idée est en effet d’ouvrir les activités de début de soirée au plus grand nombre afin de proposer d’autres divertissements que la télé à la maison. Un jeune du quartier vient ainsi parler de son parcours d’études une fois par mois. Et, certains week-ends, une sortie est organisée, comme une escapade au Frioul ce mois d’octobre.

 

 

Des besoins plus grands encore

47 enfants sont inscrits au soutien scolaire. Soit le maximum des capacités, légèrement au-dessus même. Il n’est pas rare que Samir Messikh refuse des candidats. Trois ce soir-là. « Il n’y a pas de liste d’attente ? », tente l’un des parents éconduits. Accueillir plus d’enfants nécessiterait de mobiliser davantage de bénévoles. Un intervenant pour quatre élèves nécessite une douzaine de bénévoles à chaque session, sur une quinzaine d’inscrits. La marge de manœuvre est serrée d’où la recherche constante de nouvelles recrues. Avec un argument en poche : la rémunération des étudiants.

Côté finances justement, l’association a passé le cap de la première année grâce au bénévolat. Mais en 2021, elle a touché des subventions de l’État et de la Métropole via le dispositif « Cités éducatives ». Elle a aussi pu compter sur des subventions d’acteurs locaux tels qu’Impact Jeunes ou Arcelor Mittal. Ses demandes auprès de la Ville de Marseille et de la Région Paca sont par contre restées sans suite.

L’équipe de Place des Farandoleurs devrait bientôt assurer ses activités dans son propre local, situé dans l’ancien centre commercial des Cèdres, à quelques dizaines de mètres du centre social de Malpassé. Un espace temporaire puisque voué à la démolition à l’horizon 2025, dans le cadre du projet de renouvellement urbain du vallon entamé en 2009. D’ici là, Samir Messikh espère qu’il aura passé le relais à des jeunes du quartier. Son souhait est que, d’une année à l’autre, l’association soit portée par une nouvelle équipe. Des habitants qui, comme lui, auront à cœur d’amener de la vie et de la considération autour d’eux. ♦

 

Bonus

[pour les abonnés] – Pourquoi ce nom de Place des Farandoleurs ? – Malpassé en chiffres –

 

  • Un nom en hommage à l’histoire et au futur du quartier – Avant les travaux de renouvellement urbain à Malpassé, une rue portait le nom des Farandoleurs. La démolition de certains bâtiments a entraîné la disparition de voies et la création de nouvelles places. D’où l’idée des fondateurs de l’association d’associer ces éléments pour relier le passé et le renouveau du quartier. « On aime bien, en plus, l’image de la farandole, une danse où tout le monde se tient la main. Un peu comme nous qui essayons d’être le lien entre l’ensemble des acteurs du territoire », explique Samir Messikh. Un joli clin d’œil.

 

  • Le quartier de Malpassé à Marseille. Les 12 035 habitants de ce quartier (sur les 90 120 de l’arrondissement du 13e) ont un âge moyen de 35 ans. La catégorie socio-professionnelle la plus représentée dans le quartier est celle des employés et ouvriers. Côté immobilier, les habitations du quartier sont réparties en 13% de maisons et 87% d’appartements. La part de logements sociaux est ici de 59%. La taxe d’habitation s’élève à 29% et la taxe foncière à 24% (en moyenne pour le département : taxe d’habitation à 33%, taxe foncière à 15%). Quant à la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, elle est de 18%. Le chômage y est de 13,2%.

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