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C’est quoi au juste la biodiversité ?

Par Marie Le Marois, le 5 février 2020

Journaliste

Biodiversité. Le mot est employé à tout-va, au point parfois de perdre son message essentiel : elle est vitale pour notre survie, mais sérieusement menacée. Sa protection est donc l’enjeu majeur de notre siècle. Marseille accueille justement le premier salon grand public sur la biodiversité le 8 février, avant le Congrès Mondial de la Nature en juin. Le bon timing pour rencontrer Deborah Pardo, scientifique spécialiste de la protection de la biodiversité. Elle revient d’un mois en Antarctique, chez les manchots.

 

« La biodiversité ? C’est tout ce qu’il y a autour de nous qui n’est pas fabriqué par l’homme : les animaux, les végétaux mais aussi l’habitat », résume Deborah Pardo. Cela concerne tout le vivant, c’est-à-dire « ce qui peut se reproduire ». Y compris les bactéries, les virus, les champignons, les herbes. Et bien-sûr, l’Homme. L’habitat (ou écosystème) est également concerné car il est constitué d’un ensemble d’organismes vivants qui entrent en interaction. La conservation des espèces animales et végétales ne peut se réaliser que si leur habitat l’est aussi : « banquise antarctique pour les manchots empereurs, montagne à plus de 800 mètres d’altitude pour les chamois avec des zones de relief et de forêt… », explique la scientifique, docteure en écologie.

 

Diversité entre les espèces, diversité au sein des espèces et diversité des habitats

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La région Sud compte 235 espèces d’oiseaux nicheurs dont 82 espèces menacées comme l’aigle de Bonelli.

La biodiversité intègre plusieurs niveaux d’organisation : diversité entre les espèces, diversité au sein des espèces et diversité des habitats. Comme le chamois, de nombreuses espèces animales évoluent dans plusieurs habitats différents. Préserver la biodiversité est indispensable. Elle fournit l’air que l’on respire (plantes), l’eau et la nourriture que l’on consomme (plantes et animaux), les vêtements qui nous couvrent (plantes et animaux). « Elle est d’autant plus stable et renforcée qu’elle regroupe une plus grande variété de milieux et d’espèces. Plus cette variété s’amenuise, plus la biodiversité se fragilise », insiste-t-on à l’Agence Régionale Pour l’Environnement – Agence régionale de la biodiversité (ARPE-ARB).

 

Entre 5,5 millions et 20 millions d’espèces dans le monde ?

Il est difficile de savoir combien d’espèces existent sur terre puisque la majorité reste encore méconnue. Selon le site Conservation Nature, l’estimation oscille entre 5,5 millions et 20 millions. Mais seules un peu plus de 1,5 million d’espèces sont connues actuellement. La France métropolitaine héberge 4 900 espèces de plantes endémiques (locales) dont 429 menacées d’extinction. Elle accueille également 950 espèces vertébrées dont 199 espèces menacées d’extinction, et 39 738 invertébrées. Quant aux habitats, ils sont très riches mais fortement fragilisés : forêts, landes, zones humides, eaux douces, rochers, habitats côtiers…. PACA est un haut lieu de biodiversité animale et végétale. Mais elle est également un « hotspot », c’est à dire une région qui possède une forte richesse d’espèces endémiques (locales) et en même temps une biodiversité menacée (voir chiffres dans bonus).

 

Le taux d’extinction des espèces atteint un niveau sans précèdent et s’accélère

C’est quoi au juste la biodiversité ?
Déborah Pardo en Subantarctique devant une colonie d’Albatros à sourcil noir

Déborah Pardo, qui assiste à la dramatique dégradation de la situation en Antarctique, n’y va pas par quatre chemins pour définir l’état de la biodiversité dans le monde : c’est catastrophique. « On rentre dans la sixième extinction de masse. C’est à dire que le taux d’extinction de la biodiversité est très au-dessus du niveau de base (100 à 1 000 fois supérieur pour les vertébrés, sources ici) et c’est la première fois qu’elle est due à l’homme et non à une météorite, à une activité volcanique ou une interaction chimique entre l’air et l’océan ». Pour information, la dernière extinction de masse s’est produite il y a environ 65 millions d’années et a fait disparaître les dinosaures. Glaçant. « Le problème est plus grave que celui du changement climatique, qui est l’une des cinq causes de l’extinction de la biodiversité ».`

 

Cinq acteurs de changement qui affectent la nature

Déborah Pardo énumère les quatre autres causes : l’introduction des espèces invasives, volontaire ou non, « sur 1 000 espèces introduites, 100 perdurent et 10 sont invasives, c’est à dire qu’elles prennent la place des autres car elles sont plus compétitives comme le moustique tigre, le frelon asiatique, le palmier et son papillon, les rats sur les îles qui dévorent les albatros… » La dégradation des habitats : la coupe de milliers d’arbres ou les incendies volontaires pour faire paître des vaches ou faire pousser du soja pour nourrir ces mêmes vaches ou, en Indonésie, pour implanter des palmiers à huile. Mais ce sont aussi les canaux comblés pour l’agriculture ou la bétonisation des territoires. Cette dégradation de l’habitat s’accompagne souvent d’une fragmentation de l’habitat : les corridors écologiques (ou continuité des différents habitats) disparaissent et ne peuvent plus assurer le déplacement de la faune et la reproduction de la flore. On parle des corridors verts, bleus (le cas par exemple à Marseille du fleuve des Aygalades (lire notre article ici) et noirs : « à la Réunion, les oiseaux marins ‘’se crashent’’ en ville car leur environnement nocturne est mis à mal par les points lumineux ». La surexploitation des espèces : « Grâce aux progrès technologiques, on vide les océans. On pourrait se retrouver uniquement avec des méduses et des plastiques d’ici 2050 ». Enfin, la pollution de l’air, de l’eau, des sols. Depuis des décennies, les milieux et les espèces sont soumis à la pression de ces activités humaines. Et  cumulées, elles accélèrent le processus : « Des espèces de la Mer Rouge, par exemple, remontent en Méditerranée en raison de l’ouverture du canal de Suez mais également du réchauffement climatique ».

 

Quelles mesures de protection

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Parc National des Calanques

Des mesures ont été prises pour protéger les territoires et leurs espèces : dans la région Sud, il existe 8 parcs naturels régionaux (Queyras, Camargue, Alpilles…), 4 parc nationaux (Calanques, Port-Cros…), 11 réserves naturelles nationales (archipel du Riou, réserves géologiques de Haute Provence et du Lubéron…), 6 réserves naturelles et 4 réserves de biosphère. Des opérations sont également en cours en faveur de l’arrachage des plantes invasives. C’est le cas, dans le parc des Calanques, où il faut éradiquer le figuier de barbarie, l’agave d’Amérique, les griffes de sorcières et la luzerne arborescente – ce programme Habitat Life (lire notre article ici) prévoit aussi la replantation d’espèces endémiques. La région s’enorgueillit par ailleurs de planter un million d’arbres d’ici 2021 : 200 000 dans les villes et 800 000 en forêts.

 

Et nous, on fait quoi ?

Pour Déborah Pardo, les solutions doivent venir des citoyens, sans les culpabiliser « La réalité fait peur mais nous devons nous serrer les coudes, nous entraider et faire jouer l’intelligence collective. Cela peut se faire en trois étapes : comprendre ce qui se passe, partager les différentes initiatives qui marchent, et agir le plus vite et efficacement possible ». C’est la raison pour laquelle, elle co-organise Planète Biodiv, premier salon grand public sur la biodiversité (voir programme ici), à Marseille. L’idée est de montrer des initiatives positives et inspirantes qui répondent aux cinq pressions de l’homme sur la nature. Citons Grainette, Planète Mer, Nautéol, les Alchimistes, Recyclop et bien d’autres encore qui démontrent que l’humain porte en lui les ressources nécessaires pour s’adapter et innover. ♦

 

 

Bonus – La Région Sud est l’une des région les plus riches en biodiversité avec 34 hotspots. Carte de France des pressions qui s’exercent sur la nature. Congrès Mondial de la Nature. Natural Solutions : un outil au service de la biodiversité. Un récif artificiel à Marseille pour préserver la biodiversité. Résultats du concours 2019 « Capitale française de la biodiversité ». Château de L’Escarelle, exemple de biodiversité.

 

  • La Région Sud est l’une des régions les plus riche en biodiversité – Selon l’Observatoire Régionale de la Biodiversité, la Région Sud abrite une exceptionnelle diversité floristique, avec 3 400 espèces recensées (soit plus de 65 % de la flore française), dont 31 visibles nulle part ailleurs dans le monde (Sabline de Provence, Armérie de Belgentier…) et 367 espèces de plantes à fleurs menacées comme l’Armérie de Belgentier. La faune n’est pas en reste avec 21 espèces d’amphibiens (dont 6 espèces menacées de disparition comme le Pélobate cultripède) et 32 espèces de reptiles (dont 3 espèces menacées comme la vipère d’Orsini et la tortue d’Herman). Par ailleurs, la diversité des libellules et demoiselles de Provence-Alpes-Côte d’Azur est exceptionnelle : 73 espèces sont présentes dans notre région dont 12 menacées comme l’Agrion bleuissant. La région compte également 235 espèces d’oiseaux nicheurs (dont 82 espèces menacées comme l’Aigle de Bonelli et l’Alouette calandre) et 254 espèces de papillons de jours (dont 15 espèces menacées comme l’Hermite).

 

  • 34 hotspots – Les scientifiques ont établi 34 hotspots (ou points chauds) de biodiversité dans le monde. La France est présente dans 5 des 34 hotspots (Méditerranée, Caraïbes, Océan Indien, Nouvelle-Calédonie et Polynésie).

 

 

  • Congrès Mondial de la Nature – Du 11 au 19 juin, Marseille sera ville d’accueil du prochain Congrès de la Nature, organisé par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) après Hawaï en 2016 et la Corée en 2012. Sa mission est d’influencer, d’encourager et d’assister les sociétés du monde entier, dans la conservation de l’intégrité et de la diversité de la nature… Pour la première fois, il sera ouvert au public.

 

  • Natural Solutions, un outil au service de la biodiversité – C’est quoi ? Une agence numérique au service des acteurs de l’environnement qui développe pour eux des solutions sur-mesure de collecte et de gestion de données de biodiversité.

Par exemple ? ‘’EcoRelevé’’ permet aux professionnels de la nature de récolter des données, de les observer, de les stocker, de les analyser et de les comparer d’une année sur l’autre. Cette agence marseillaise a été encore plus loin en créant un big data qui permet à toutes ces données d’être croisées, utilisées et utilisables par tous.

Et nous ? Nous pouvons participer à des collectes via des outils de science participative, simples et ludiques. Il nous suffit d’observer, identifier, géolocaliser et photographier ce qui nous entoure au moyen d’applications mobiles : ‘’INPN Espèces’’ (biodiversité du territoire national), ‘’Mission en Forêt avec Noé’’ (biodiversité en forêt), ‘’Sauvage de ma rue’’ (plantes sauvages de ma rue), ‘’Biolit’’ (biodiversité terrestre et marine du littoral). Les données collectées sont transmises aux scientifiques et aux structures concernées pour être étudiées. Des outils de découverte ont également été créés : ‘’Ecobalade’’ (découvrir faune et la flore dans mes balades), ‘’Mon jardin en ville’’ (découvrir la biodiversité urbaine) et M-Eol (découvrir la biodiversité en s’amusant).

Et aussi l’appli ‘’Polaris’’ qui mobilise les plongeurs-citoyens pour récupérer des données sur l’état des fonds marins (poisson, algues…). Cet outil est soutenu par Pure Ocean, association marseillaise qui accompagne des projets innovants pour mieux comprendre et protéger la biodiversité marine.

 

  • Un récif artificiel à Marseille pour préserver la biodiversité – La Ville de Marseille possède et gère le plus grand site de récifs artificiels d’Europe et de Méditerranée au cœur de la baie du Prado : plus de 400 récifs sur 200 hectares. Bilan : une augmentation de la biodiversité de plus de 30% et le nombre d’espèces de poissons multiplié par trois. Le projet des récifs artificiels a obtenu le prix du génie écologique en 2014 pour son innovation dans sa conception adaptée aux espèces marines et son ampleur.

 

  • Les résultats du concours 2019 « Capitale française de la biodiversité » – Le jury régional a distingué le village de Villes-sur-Auzon comme Capitale régionale de la biodiversité en PACA tandis que le jury national désignait la métropole de Lyon comme Capitale française de la biodiversité 2019. Pour la 9e édition de ce concours national, dont le thème était « climat : la nature source de solutions », 58 collectivités se sont mobilisées cette année, dont 8 en PACA. Pourquoi Villes-sur-Auzon ? Le jury a été séduit par l’engagement de cette petite commune de 1300 habitants qui porte des projets en faveur de la biodiversité. La ville en identifie les enjeux avant chaque projet d’aménagement et d’équipement important. Des exemples : le projet de cimetière-jardin construit en associant les habitants et les scolaires autour de la culture, l’histoire et la biodiversité. 
Les jardins familiaux en plein cœur du village sans système d’éclairage pour favoriser la biodiversité et une gestion de l’eau efficace et partagée. 
Les actions de végétalisation participative des rues et des façades, la création du parking perméable et arboré en plein centre du village avec des noues végétalisées. La démarche en zéro pesticide de la commune depuis deux ans et l’action sur la réduction de la pollution lumineuse.
  • Château de L’Escarelle, exemple de biodiversité – Les 1 000 hectares de ce domaine viticole varois sont un paradis pour la protection et la valorisation de la biodiversité. L’absence des traitements chimiques dans les 100 hectares de vignes et l’entretien permanent de la forêt ont permis l’installation d’espèces rares. Pour protéger la biodiversité et particulièrement les 98 papillons répertoriés par la LPO (Ligue Protection des Oiseaux) sur le domaine, un jardin a été créé avec fleurs et plantes endémiques (pour que les papillons puissent se nourrir, s’abriter et se reproduire), mare (pour attirer des variétés de libellules et de batraciens), gîte pour hérissons. Ce jardin baptisé le Pacha (surnom donné au jason, un joli papillon noir, blanc et orange) vise également à sensibiliser le public à la biodiversité et à améliorer les connaissances sur les espèces menacées, comme le Thècle de l’arbousier. Sur l’ensemble du domaine se trouvent également hôtels à insectes, ruches, nichoirs à oiseaux et abris à chauves-souris qui, comme tout animal, a un rôle dans la chaine alimentaire (il mange notamment les moustiques). Se trouvent également des animaux sauvages relâchés après avoir été soignés au centre de soin de Buoux. La création d’un grand verger, avec figuier, poirier, pommier, prunier ou encore amandier, s’inscrit également dans la volonté de préserver l’environnement. Le domaine, qui est en troisième année de conversion biologique, a reçu le label HVE (Haute Valeur Environnementale), catégorie 3, la plus élevée. Il atteste d’une biodiversité faune et flore remarquable, les intrants et engrais sont utilisés au plus faible niveau, les eaux usées retraitées sur place (l’eau servant à nettoyer les cuves est récupérée pour arroser les vignes) et l’eau rationalisée. D’autres projets ? La régénération de la forêt pour remplacer les espèces non endémiques.

 

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